Aigle Azur partie 1 : 03/07/2025

Un des deux A330 d’Aigle Azur, récupérés après la faillite d’Air Berlin.

Je suis en troisième année d’école de commerce, courant octobre, quand j’apprends que l’année scolaire en cours se terminera le 21 avril, la suivante reprenant début septembre. Un rapide calcul et je réalise que je vais avoir quatre mois de vacances. 

C’est une situation que j’ai déjà rencontrée, et n’ayant pas trouvé de travail à l’époque, le temps m’avait paru long et l’argent cruellement manqué. Hors de question que ça se passe ainsi, il me faut trouver un job.

Une copine (qui se trouve être un ex) avec qui j’ai de sporadiques contacts, m’informe qu’elle a passé l’été comme PCB chez Air France. C’est à dire qu’elle était PNC, sans fonction de sécurité à bord. En somme, une paire de main et un sourire en plus pour servir au mieux les passagers.

Soit, je me renseigne et déchante quand j’apprends que les recrutements pour la saison 2019 sont fermés, et nous sommes en octobre. C’est raté pour AF, il faudra trouver autre chose. Je fais alors des recherches sur toutes les compagnies françaises susceptibles d’avoir recours aux PCB, Corsair, Air Caraïbes, mais les informations manquent.
J’envisage alors ce à quoi je n’avais pas pensé, demander à mon père, qui travaille pour Aigle Azur, s’ils ne recherchent pas de PCB pour la saison d’été. Devant l’affirmative, je lance le processus pour obtenir ma place.
Quelques mois plus tard, courant mai 2019, je suis au siège d’Aigle Azur à Orly, pour deux jours de cours au sol, permettant à mes camarades et moi-même (une quinzaine de stagiaires) d’être opérationnels. 

Suivent l’essayage et la prise en compte de l’uniforme, ainsi que la découverte du premier planning PN. 

Ça démarre fort pour moi, avec pour fêter mon premier jour de contrat le 15 juin, un aller-retour Bamako en A330. Quelle joie, qui plus est quand le CdB est un ami de mon père. Je redoute quelque peu le vol car en plus d’être mon premier, il se fera quasiment exclusivement de nuit, avec un départ aux environs de 18h30L et un retour 07h30L.

Dans le PW4164 du F-HTAC à Bamako, pendant mon premier vol.

Ce premier vol se passera très bien, avec un équipage technique et commercial très sympa et une superbe première expérience dans ce qui m’apparaît être le job d’été de rêve.

Au programme, décollage et atterrissage dans le poste, nuit blanche, essai du service, tour avion et visite de la baie avionique.

Je reviens épuisé mais ravi, impatient de repartir en vol. J’expérimente très vite l’ensemble de mon terrain de jeu assez réduit : Alger, Oran et Bamako donc. Les PCB sont affectés aux vols bi-classe sans découcher. Exit donc les Sao Paulo, Beyrouth ou Pékin (quelques chanceux auront droit à un Sao Paulo pour remplacement). Que m’en importe, ces lignes me conviennent. Les passagers, quoique parfois difficiles, sont touchants. Les équipages, dans la très grande majorité des cas, sont très sympas. Il m’est permis d’effectuer pratiquement tous les décollages/atterrissages dans le poste (n’ayant pas de fonction de sécurité, je n’ai pas besoin d’être en cabine pour ces phases critiques), ce qui est la partie du job que je préfère. 

Après un léger temps d’adaptation, je m’habitue au service, trouve mes repères dans l’avion et apprends à m’adresser aux passagers, surtout en cas de problème. Je deviens presque aussi rapide que les PNC de carrière une fois un trolley entre les mains.

Soyons honnêtes aussi, je bosse assez peu et la solde est très bonne. Entre 10 et 15 jours d’engagement par mois, soit bien assez de temps pour vivre ma vie et me remettre des émotions vécues sur certains vols le reste du temps.

Comme ces deux vols de suite où j’ai eu affaire à des PAX avec des problèmes de…sphincter. Le premier plutôt contenu, le second beaucoup moins. Le captain vient nous voir en fin d’embarquement suite à nos appels répétés. Arrivant au galley arrière et surtout à ses toilettes, il est pris d’un haut le coeur face à l’odeur pestilentielle et nous dresse ce constat : “vous avez la main, si vous trouvez que c’est trop, c’est NO GO, moi je retourne à l’abris dans le poste”. Nous décidons (enfin les vrais PNC, pas moi) que nous assurons le vol, en nous demandant comment cet homme, qui s’était soulagé avant d’embarquer, avait pu passer à la porte, avec l’approbation des agents d’escale. 

Nous l’invitons à se nettoyer aux toilettes, mettons ses vêtements dans un sac poubelle et l’habillons de couvertures, tout ceci avec l’aide d’une passagère/traductrice dont nous saluons le don de soi, monsieur ne parlant que Kabyle. Les toilettes condamnées, nous faisons un usage excessif des bombes désodorisantes “Envolée” à notre disposition. A l’arrivée à Algers, nous prévenons l’équipe du ménage, les invitant à se préparer au pire en ouvrant la toilette arrière droite. La réaction du malheureux qui a ouvert la porte ne tarde pas : “AAAAAAAAAH mais c’est la bombe humaine, c’est pas possible ça!” Imaginez-le avec l’accent algérien, et vous expliquez le fou rire dont l’intéressé, les collègues PNC et moi-même sommes victimes. Nous le remercions pour son courage et son travail, que nous apprécions avec sincérité. Les toilettes resteront condamnées au vol retour (et peut-être plus), et croyez-moi, deux toilettes (celle à l’avant étant en principe réservées aux PAX business, ouvertes à tous dans cette histoire) pour 180 passagers, c’est trop peu. Finalement, le métier d’hôtesse de l’air, c’est loin d’être que du glamour.

Lever de soleil au retour de Bamako. Les premières lueurs du jour sont toujours accueillies avec joie.