Introduction: 19/05/2025 – Antalya

J’écris ces lignes depuis mon appartement d’Antalya, où j’ai il y a peu réalisé mon rêve, devenir pilote de ligne.

Lâché en ligne le 22 avril, le jour de mes 26 ans, comme un symbole.

Dans ce blog, que j’écris avant tout pour moi, pour ne pas oublier, je vais tacher de retracer le chemin qui m’a amené ici, et si ça peut au passage, en intéresser ou en aider certains, ce serait un joli bonus.

Tout remonte à mon enfance. Pour citer le Capitaine Antoine Marchelli dit Walkn, “avant même de marcher je rêvais déjà de voler”. Ca c’est pour la version romantique. A en croire ma mère, il semblerait plutôt que voler (dans son ventre pour moi, dans le maxi-cosy pour mon frère) nous ait un peu lassé. Parce que ma maman, donc, enceinte de votre serviteur et avec mon frère en bas âge, travaillait à l’époque comme pilote d’hélico, basée à Nice, où elle transportait acteurs et anonymes, souvent vers Monaco, parfois vers leurs propriétés, avec deux âmes en plus à bord de sa machine.

J’ai donc été bercé aux effluves de kérosènes et au bruit de turbines depuis ma naissance, littéralement. C’est sans surprise qu’aujourd’hui encore ces deux choses sont en quelque sorte des madeleines de Proust.

L’histoire ne s’arrête pas là, toute mon enfance a été liée, parfois de loin, souvent de près à toutes les machines volantes. Mon paternel étant aussi pilote, d’hélico au SAMU à ma naissance, de ligne un peu plus tard, j’ai passé un nombre incalculable d’après-midi à l’héliport d’Issy les Moulineaux ou à l’hôpital Henri Mondor de Créteil, avec toujours un regard admiratif et amoureux envers ces cellules couronnées de voilures tournantes, qui décollaient et atterrissaient sans aucun effort apparent. 

Rétrospectivement, je suis surpris que ni mon frère ni moi n’ayons choisi d’exercer sur hélico, car nous y avons été largement plus exposés étant petits, et que ces engins sont fascinants. 

De la suite, dont les détails ne valent pas qu’on s’y appesantisse, subsiste cette constante interaction avec ce qui vole, et cette passion qui croit au même rythme que moi.
Je ne saurai dire quand, mais je décide un jour que je serai pilote de chasse. Je me vois déjà à l’Ecole de l’Air, puis pilote de Mirage 2000D et enfin Général d’Armée et chef d’état major de l’Armée de l’Air, rien que ça. Ce désir m’habite pour la plupart de mon adolescence et je crois que je me suis donné les moyens de mon ambition, au moins jusqu’à la classe de seconde. 

De même que j’ignore quand m’est venue cette idée (je n’ignore pas pourquoi), j’ignore comment elle s’est dissipée. J’imagine que l’adolescence, le lycée et les dérèglements chimiques qui s’opèrent dans le corps et le cerveau n’y sont pas étrangers. 

Disons que les cours me passionnent moins, mes résultats aussi et en particulier dans les matières scientifiques que je commence à mépriser (par manque d’effort, de ma part et de certains de mes profs). Je remets aussi en question ma motivation, qu’est ce qui me pousse à vouloir être pilote, et en ai-je seulement envie? Je doute, est-ce par “facilité” et parce qu’avec deux parents pilotes, je ne connais que ça? N’y a-t-il pas autre chose à explorer, qui peut-être me plairait plus?

Je m’intéresse à ce moment-là plus à l’histoire et à la politique qu’aux maths et la SVT. Rendez-vous est donc pris, je vais passer le concours de Sciences Po Paris, dont l’accès m’est barré par un dossier irrégulier, plus en termes d’appréciation du corps professoral que de mes notes, qui restent bonnes. 

Soit, je tente alors sur le conseil d’un de mes meilleurs amis le concours pour Neoma Business School. C’est en réalité une banque de concours, mais preuve de la vision réelle de mon projet, je ne présente que Neoma, sur la dizaine d’écoles disponibles. 

Un peu surpris d’être admis vu mon investissement (et à posteriori ma motivation), je manque tomber de ma chaise quand j’apprends qu’avec mes notes à l’entretien de motivation et à l’oral d’anglais, choix est fait de m’envoyer commencer mon cursus à Dublin, où j’aurai dû arriver deux ans plus tard, après les premières années à Reims.

Je pense qu’il m’aura fallu trois jours à Dublin pour me rendre compte que ce choix était une “erreur” et que c’est bien pilote que je veux être. Je passe très vite plus de temps à la bibliothèque de l’université à regarder les avions à l’arrivée ou départ de DUB qu’à travailler.

Nous ne nous appesentirons pas sur ces quatre années qui furent agréables autant que frustrantes. Il ne faisait aucun doute que je faisais fausse route, mais j’y ai rencontré des amis qui le seront pour la vie, et pour cette raison, si ce choix était à refaire, je referais le même.

La fête bat son plein et entre deux soirée il nous arrive de pointer le bout de notre nez en cours. Mes pensées sont toutes tournées vers les avions, les avions et les avions. J’aspire à devenir pilote de ligne, j’y suis résolu et rendez-vous est pris pour la fin de mon cursus. Ma reconversion professionnelle est planifiée avant même d’avoir entamé la moindre carrière.

Comme dirait un grand sage, le chemin le plus court entre deux points, c’est le raccourci. Et bien je l’ai raté, et le chemin qui m’a amené à écrire ces lignes, OPL fraîchement qualifié, aura été sinueux et tout sauf raccourci, mais est-ce que ça ne rend pas l’accomplissement plus savoureux?

Session de spotting à Dublin, bien plus intéressant que les cours de comptabilité.